CSRD – Ce que les PME suisses romandes doivent savoir

La CSRD est une directive européenne. Mais ses effets traversent les frontières – et atteignent directement ou indirectement les carnets de commandes des PME romandes. Même si les PME ne sont pas encore soumis à la CSRD, il y a de fortes chances que les parties prenantes, à commencer par les client, le sont.
Voici comment anticiper pour ne pas perdre de contrats – et comment des outils comme le standard VSME peuvent aider à structurer la démarche - dès aujourd'hui ! Comme le rappelle l'État de Genève dans son guide pratique sur le reporting extra-financier : « Ne rien faire, ça coûte ! »

Texte publié le 21 avril 2026

En 2026, un acronyme s'invite de plus en plus dans les échanges commerciaux entre PME romandes et leurs clients ou fournisseurs européens : CSRD. La Corporate Sustainability Reporting Directive est une directive européenne qui impose aux grandes entreprises de publier des rapports détaillés sur leurs performances environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Mais même si les PME suisses ne sont pas directement visées par ce texte, elles en ressentent – et ressentiront de plus en plus – les effets concrets, au quotidien, dans leurs relations commerciales.

Chez SpringWorks, nous observons déjà ce phénomène : des PME romandes qui se voient soudainement adresser des questionnaires RSE par leurs partenaires européens, ou qui perdent des appels d'offres faute de données de durabilité à fournir. Ce n'est pas une tendance lointaine – c'est une réalité d'aujourd'hui. Face à ces nouveaux défis, des outils existent pour se préparer efficacement, à l’échelle des PME, sans se noyer dans la complexité.

La CSRD n'est pas simplement une évolution du reporting RSE classique. C'est une transformation en profondeur de la manière dont les entreprises rendent compte de leur impact sur le monde.

  • Une directive européenne à portée élargie. La CSRD remplace l'ancienne NFRD et s'applique depuis 2024 aux grandes entreprises européennes de plus de 500 employés, puis progressivement à celles de plus de 250 employés ou réalisant plus de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires.
  • Des normes standardisées et auditées. Les données CSRD s'appuient sur 12 normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) – 10 thématiques (environnement, social, gouvernance) et 2 transversales – et doivent être vérifiées par un auditeur indépendant. Ces normes couvrent 82 sujets obligatoires de reporting.
  • La double matérialité : un concept fondateur. Les entreprises soumises évaluent non seulement l'impact des enjeux ESG sur leur performance financière (matérialité financière, ou « outside-in »), mais aussi l'impact de leurs activités sur l'environnement et la société (matérialité d'impact, ou « inside-out »). Un outil puissant pour piloter la stratégie durable de l'entreprise.
  • La chaîne de valeur dans le viseur. C'est ici que les PME entrent en jeu : les grandes entreprises soumises à la CSRD doivent rendre compte des émissions et pratiques de l'ensemble de leur chaîne de valeur — fournisseurs, sous-traitants, prestataires inclus.
  • Un calendrier progressif. Grandes entreprises (>500 emp.) : rapport dès 2025 (exercice 2024). Entreprises cotées de taille intermédiaire : dès 2026. PME cotées et entreprises de pays tiers actives en Europe : progressivement jusqu'en 2029.

Qui est concerné ? Un tableau pour y voir clair

Entreprise CSRD ? Calendrier (post-Omnibus 2025) Impact sur votre PME
Grande entreprise EU cotée
(Wave 1, >500 emp.)
Oui Rapport dès 2025
(exercice 2024)
Données ESG demandées
Grande entreprise EU non-cotée
(Wave 2, >1 000 emp. & >450 M€ CA)
Oui Dès 2028
(exercice 2027)
Fournisseurs inclus — données VSME demandées
Entreprise non-EU
(Wave 4, >450 M EUR CA dans l'UE)
Oui Dès 2029
(exercice 2028)
Filiales et chaîne de valeur concernées
PME suisse non-cotée
(<1 000 emp.)
Non directement VSME volontaire dès maintenant Partenaires EU soumis : entrent dans le périmètre

En début d'année 2025, l'UE a lancé une révision simplificatrice majeure de la CSRD. Résultat : le nombre d'entreprises directement soumises a été réduit de 85 %. Les seuils d'entrée ont été rehaussés (>1 000 employés ET >450 M EUR de chiffre d'affaires), et les calendriers d'application repoussés pour les grandes entreprises non cotées (Wave 2) et non-européennes (Wave 4). Pour les PME, cette simplification ne change pas le fond : l'effet de ruissellement via la chaîne de valeur reste bien réel.

En Suisse, le Conseil fédéral a parallèlement ouvert en juin 2024 une procédure de consultation sur une modification du code des obligations visant à renforcer les règles de transparence extra-financière — l'équivalent national de la CSRD. Le mouvement est donc à la fois européen et mondial.

La Suisse n'est pas membre de l'UE, et les PME non cotées de moins de 250 employés ne sont pas directement soumises à la CSRD. Les entreprises travaillant avec des clients, partenaires ou fournisseurs européens soumis à la directive, entrent dans leur périmètre de reporting. La CSRD s'applique également aux entreprises non européennes qui génèrent plus de 150 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'UE ou qui y disposent d'une filiale dépassant certains seuils.

Concrètement, voici ce qui se passe :

  • Les questionnaires RSE de vos clients. Vos clients européens (soumis à la CSRD et/ou avec une démarche RSE déjà bien ancrée) vous soumettent des formulaires de plus en plus détaillés pour évaluer votre empreinte carbone, vos pratiques sociales, votre gouvernance. Ne pas répondre, c'est risquer d'être déréférencé.
  • Les appels d'offres intègrent des critères ESG. 42 % des PME avec une stratégie RSE formalisée ont remporté un marché grâce à cet engagement (CCIG, 2025). La tendance va s'accentuer avec la CSRD.
  • La pression remonte la chaîne. Une multinationale européenne soumise à la CSRD va naturellement préférer des sous-traitants capables de lui fournir des données ESG fiables. Comme le souligne le guide de l'État de Genève, l'anticipation de ces demandes est un avantage concurrentiel direct : les PME « RSE-ready » deviendront les partenaires préférentiels de demain.
  • L'accès aux financements se resserre. Les banques intègrent de plus en plus les critères ESG dans leurs décisions de financement. Une PME sans données de durabilité peut se voir proposer des conditions moins favorables.
La CSRD ne s'arrête pas aux frontières suisses. Elle redéfinit les règles du jeu commercial à l'échelle européenne – et par ricochet, pour toutes les PME qui y font affaires.

Concept fondateur de la CSRD, la double matérialité est aussi un outil stratégique puissant pour toute PME souhaitant structurer sa démarche RSE de manière rigoureuse – même en dehors de toute obligation légale.

Les approches RSE traditionnelles se concentraient sur la matérialité financière : un enjeu était considéré pertinent uniquement s'il avait un impact sur la performance économique de l'entreprise. La CSRD va plus loin en y ajoutant la matérialité d'impact : l'obligation de rendre compte de l'impact de vos activités sur l'environnement et la société, même si cet impact n'a pas d'effet financier direct.

Concrètement, une analyse de double matérialité permet de :

  • Identifier les enjeux ESG qui constituent un risque ou une opportunité pour votre entreprise (ex : risques climatiques sur vos opérations, opportunités liées à l'économie circulaire).
  • Évaluer l'impact de vos activités sur ces mêmes enjeux (ex : votre empreinte carbone, vos pratiques d'achats responsables, vos conditions de travail).
  • Prioriser les actions et les indicateurs de suivi les plus pertinents pour votre secteur et votre modèle d'affaires.

Le guide de l'État de Genève rappelle à ce sujet que le climat (ESRS E1) est considéré par la CSRD comme un enjeu matériel pour toutes les entreprises sans exception.

Face à la complexité de la CSRD, l'EFRAG (le groupe consultatif européen en reporting financier) a développé en décembre 2024 un standard spécifiquement conçu pour les PME non cotées : le VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for non-listed SMEs).

Le VSME est volontaire, mais il constitue la réponse la plus directe aux attentes que vos partenaires européens soumis à la CSRD vous adresseront. Son objectif est triple :

  • Répondre aux demandes de données ESG de vos clients et fournisseurs grands comptes.
  • Faciliter votre accès aux financements bancaires et aux investisseurs.
  • Améliorer la gestion interne des enjeux de durabilité pour renforcer compétitivité et résilience.

Deux modules progressifs, adaptés à la taille de votre PME :

Module VSME Pour qui ? Contenu clé
Module de Base
(B1–B11)
Toutes les PME, obligatoire pour commencer Énergie, GES (scope 1 & 2), eau, déchets, social, gouvernance
Module Complet
(C1–C9)
PME avec partenaires financiers ou clients grands comptes Stratégie, objectifs de réduction GES, risques climatiques, diversité

Le Module de Base couvre l'essentiel : consommation d'énergie, émissions de gaz à effet de serre (scope 1 & 2), eau, biodiversité, gestion des déchets, caractéristiques de la main-d'œuvre, santé et sécurité, rémunération et gouvernance. C'est le minimum attendu par vos partenaires commerciaux.

Le Module Complet va plus loin : stratégie et modèle d'affaires, objectifs chiffrés de réduction des GES, risques climatiques identifiés, droits humains dans la chaîne de valeur, diversité au niveau de la direction. Il répond aux exigences des investisseurs et des grands donneurs d'ordre les plus exigeants.

Le VSME est conçu pour être proportionné : une micro-entreprise peut se contenter des indicateurs B1 à B11 du Module de Base, là où une PME déjà engagée dans une stratégie RSE structurée optera pour le Module Complet.

Ce que le VSME vous demande concrètement – quelques exemples :

  • Consommation d'énergie en MWh, ventilée entre renouvelable et non renouvelable
  • Émissions de GES scope 1 (sources directes) et 2 (énergie achetée) en tCO2eq
  • Intensité carbone (GES / chiffre d'affaires)
  • Pratiques en matière de gestion des déchets (total, dangereux, recyclés)
  • Écarts de rémunération hommes-femmes (obligatoire dès 150 employés)
  • Éventuelles certifications RSE obtenues (B Corp, ISO 14001, EcoEntreprise…)

Si vous utilisez déjà un référentiel comme l'ISO 26000, le GRI, ou si vous avez réalisé un bilan carbone, vous disposez déjà d'une partie des données nécessaires pour un reporting VSME. Il s'agit souvent de compléter et structurer ce qui existe.

Face à ses enjeux, l'état de Genève a pris les devants. Le Département de l'économie et de l'emploi (DEE) de l'État de Genève a publié en 2024 un guide pratique complet sur le reporting extra-financier, spécifiquement destiné aux PME locales. Ce guide rappelle notamment que :

  • La durabilité n'est plus une option, mais une nécessité offrant des avantages concrets : compétitivité renforcée, meilleure gestion des risques, attractivité accrue comme employeur et partenaire, et meilleur accès aux financements.
  • Des ressources cantonales existent pour accompagner les PME : le réseau durabilité de l'OCEI (Office cantonal de l'économie et de l'innovation), des programmes de subventions (SIG Éco21, Mon Entreprise Durable par Coptain…), et des guides complémentaires sur des thématiques spécifiques comme la décarbonation.
  • Des exemples romands concrets inspirent la démarche : Romande Energie et Swissquote publient déjà des rapports de durabilité séparés ; Nespresso, Ricola et Eldora sont cités comme références en matière de reporting extra-financier.

Le guide genevois propose également un cadre de comparaison entre les principaux référentiels RSE (ISO 26000, GRI, B Corp, CSRD/ESRS), permettant aux PME de situer leur démarche actuelle et d'identifier les passerelles vers un reporting VSME ou CSRD-compatible.

Pour les PME genevoises, le canton est un véritable partenaire dans cette démarche. Le réseau de l'OCEI, les programmes de subventions et les guides pratiques disponibles sur ge.ch/dossier/entreprises-et-durabilite constituent un écosystème de soutien concret.

 

Pas besoin d'être une grande entreprise pour vous préparer. Voici une approche pragmatique et progressive, adaptée aux ressources des PME romandes.

Étape 1 : Évaluez votre exposition réelle

La première question est simple : parmi vos clients, partenaires ou fournisseurs, combien sont soumis à la CSRD ? Si vous travaillez avec des entreprises européennes de plus de 250 employés, la réponse est probablement « plusieurs ». Un audit rapide de votre portefeuille commercial permet d'évaluer l'urgence.

Étape 2 : Réalisez un diagnostic RSE / analyse de double matérialité

Avant de collecter des données, il convient d'identifier quels enjeux ESG sont matériels pour votre activité – c'est-à-dire ceux sur lesquels votre entreprise a un impact significatif et/ou qui représentent un risque ou une opportunité pour votre performance. Ce travail est le fondement de tout reporting crédible, qu'il s'appuie sur le VSME, l'ISO 26000 ou la CSRD.

Étape 3 : Collectez et structurez vos données ESG

Émissions carbone scope 1 et 2 (à partir de vos factures d'énergie et de carburant), consommation énergétique, gestion des déchets, indicateurs RH (parité, formation, accidents)… Les données que vos clients vous demanderont sont précises et quantifiées. Mettre en place un système de collecte simple mais fiable est une priorité. De nombreux outils gratuits existent pour calculer les émissions GES des PME (SME Climate Hub, Business Carbon Calculator, …).

Étape 4 : Choisissez votre niveau d'ambition VSME

Selon la taille de votre PME, votre secteur d'activité et les attentes de vos partenaires, optez pour le Module de Base ou le Module Complet du VSME. Un bilan carbone, une certification ISO 26000 ou une démarche B Corp en cours, constituent déjà une base : il s'agit souvent de compléter et structurer ce qui existe.

Étape 5 : Formalisez, communiquez — et changez de narratif

Rapport de durabilité simplifié, page dédiée sur votre site, mention dans vos propositions commerciales… La visibilité de votre engagement RSE devient un argument commercial à part entière. Mais attention aux deux écueils symétriques à éviter :

  • Le greenwashing : communiquer sur des engagements sans substance. Les clients informés, les acheteurs professionnels et les algorithmes d'IA qui vérifient les claims ne sont pas dupes. Les conséquences — juridiques, réputationnelles, commerciales — sont réelles.
  • Le greenhushing : garder le silence sur ses engagements par peur d'être mal perçu ou accusé de greenwashing. C'est l'erreur inverse : vos parties prenantes attendent de la transparence et de la preuve.

La structure-type d'un rapport de durabilité (source : guide État de Genève) :

→ Introduction & message de la direction

→ Méthodologie & périmètre

→ Analyse de matérialité

→ Résultats ESG & KPIs

→ Études de cas & initiatives

→ Objectifs futurs → Conclusion

 

La CSRD n'est pas une punition infligée aux grandes entreprises. C'est un signal fort envoyé à l'ensemble de l'économie : la durabilité n'est plus une option, elle est désormais une condition d'accès au marché. Et comme le rappelle l'État de Genève dans son guide : « ne rien faire, ça coûte. »

Pour les PME romandes, l'enjeu est clair : celles qui anticipent aujourd'hui – en s'appuyant sur des outils comme le VSME, en structurant leur reporting extra-financier et en activant les aides disponibles – seront les partenaires privilégiés de demain. Celles qui attendent risquent de se retrouver exclues de chaînes de valeur de plus en plus exigeantes.

La bonne nouvelle ? Il n'est pas nécessaire d'être une grande entreprise pour bien se préparer. Avec la bonne méthode, le bon accompagnement et les bons outils, chaque PME peut transformer la CSRD en avantage compétitif durable.

La bonne voie ? La transparence fondée sur des preuves, qui considère une démarche RSE comme une réponse à une contrainte réglementaire, mais comme un avantage stratégique. Résilience opérationnelle, réduction des coûts, accès à de nouveaux marchés, attractivité des talents, … – voilà ce que votre engagement durable produit concrètement. C'est ce langage que vos clients, partenaires et financeurs veulent entendre.

Chez SpringWorks, nous accompagnons les PME romandes pour transformer les défis réglementaires en leviers de performance. Face à la CSRD et au VSME, notre approche est structurée en trois temps :

  • Diagnostic RSE & analyse de double matérialité. Nous évaluons votre maturité RSE actuelle, identifions les enjeux matériels pour votre activité et évaluons votre degré d'exposition aux exigences CSRD via vos partenaires commerciaux. Une analyse concrète, sans jargon inutile.
  • Stratégie & plan d'action. Nous co-construisons avec vous une feuille de route RSE alignée sur vos enjeux business et les exigences de vos clients — incluant le choix du bon module VSME, la définition des indicateurs clés et un plan d'action structuré et mesurable.
  • Accompagnement au reporting & à la certification. Nous vous guidons vers les labels et certifications adaptés (B Corp, EcoEntreprise, ISO 14001…) et aidons à structurer votre premier rapport RSE — compatible VSME et aligné sur les attentes de vos partenaires européens.

Et parce que le coût reste souvent un frein, nous vous aidons à identifier et activer les programmes de subventions cantonaux et fédéraux disponibles — jusqu'à 50 % des frais couverts dans certains cas (Viva-Vaud, SIG Éco21, Mon Entreprise Durable à Genève, Reffnet…).

Chez SpringWorks, nous aidons les PME suisses romandes à transformer leurs enjeux CSRD en opportunités business. Prenons contact pour évaluer votre exposition, choisir votre niveau VSME et définir vos prochaines étapes.